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05/03/2014

Dans le désordre

J'aurais voulu ici vous parler de mon arrêt.

Parce que j'en profiterais pour parler de mon "expérience". Je veux que les gens sachent comment ca se passe, quand on se remet d'un burnout, parce que c'est un sujet dont les gens discutent pas souvent... Et ma réalité a été similaire à celle de bien d'autres gens... Je le sais, car ces gens-là, je les ai aussi vu en bureau.

Je sais que je suis "normale", et peut etre que j'arriverais à convaincre quelqu'un dans une situation similaire qu'il est lui aussi "normal". C'est déjà une maudite bonne base sur laquelle se reconstruire.

Et si c'est pas pour vous, c'est pour un proche. Quand on démystifie, ca rend les choses plus faciles.

Mais forcement, il y a une (ou des) raison(s) si ca me prend autant de temps à pondre le texte. Entra autre, je crois que, malgré le temps qui passe, ca me fait encore chier d'y penser.

Même si ce chapitre de ma vie "fini bien", il n'en demeure pas moins que c'est une période désagréable, empreinte d’anxiété... moi qui pourtant, n'est pas particulièrement anxieuse de nature.

Moins j'y pense, mieux je me porte ! C'est la beauté du déni :)

Disons que, pour le moment, je vais sauter ce chapitre, je vais faire dans le désordre. J'ai des péripéties plus urgentes à vous raconter. Peut être que comme ca, l'histoire va débloquer...

29/10/2013

Lecon #1 - La dépression vs le burn out

Parce qu'il faut parler des vraies choses, aussi bien faire un peu d'enseignement...

Vous pouvez aller lire sur la dépression. Le DSM, la bible de psychiatrie, liste les symptômes pour chaque "maladie" et indique même "combien de ses symptomes il faut avoir pour se qualifier pour telle maladie". Et ainsi, la schizophrénie voisine le trouble d'attention, l'abus de drogue, les déviances sexuelles, l'anxiété et la dépression. Mais si tout ce passe "dans la tête", il faut comprendre qu'il y a différentes sortes de "fous"...

Mais ces critères là, ces symptomes là... c'est assez relatif. La vraie subtilité est dans la manière d'aller chercher ces informations chez le patient. On peut certainement être très triste sans être déprimé, after all, Life's a Bitch ! Alors comment savoir si c'est normal ou non. Quand est-ce que on est TROP triste, TROP déprimé... Quand est-ce qu'on est MALADE ?

Quand on évalue psychologiquement une personne, décider si elle est malade ou pas malade, c'est rarement noir ou blanc. Le burn out ou la dépression sont souvent des processus graduels.

Et chaque personne a ses propres limites.

Je vais peut etre vous surprendre en disant que ce n'est pas le médecin (ou le psychologue, etc) qui sait si la personne est malade ou pas, c'est la personne elle-même... bien que souvent ce ne soit pas si clair pour elle non plus ! C'est pour ca que le médecin pose les questions pour aller chercher l'information nécessaire à établir un diagnostic.

En gros, puisque chacun à sa limite, on doit se fier à ce que cette personne est capable d'accomplir normalement, et on regarde les différentes sphère : personnelle, famille/amis, travail. Le jour où la personne n'arrive plus dans une de ces sphère, on doit envisager la possibilité d'un trouble.

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On entend de plus en plus parler de dépression et de burn out. C'est une bonne chose, parce qu'il faut démystifier la chose. Quand on apprend, on brise des tabous... (J'utilise ici l'expression "burn out", mais le terme médical est "trouble d'adaptation".)

Ce que je voudrais différencier aujourd'hui, c'est la différence entre les 2.

En fait, les symptômes vont franchement se ressembler : tristesse, perte d'énergie et perte d'envie de faire des choses, perte de la concentration, culpabilité, irritabilité, toujours envie de dormir/insomnie, etc.

Mais la raison des symptomes va différer. Si, dans les 2 cas, c'est un débalancement dans la chimie du cerveau, dans le cas du burn out, le trouble est provoqué par une exposition à un stress. (dans le cas de la dépression, disons pour faire simple que le débalancement existe sans raison particulière)

Le stress peut être gros et intense et le trouble apparaitre rapidement. Ou le stress peut être subtil, mais permanent... et par définition, juste un peu trop intense pour qu'un jour, le cerveau soit pu capable de fournir. Évidemment, ce peut être aussi l'accumulation de multiples stresseurs...

Et à ce jour, je suis persuadée que N'IMPORTE QUI peut souffrir de burn out. Si certains sont plus sensibles au stress, d'autres personnes peuvent en prendre beaucoup ! Mais il s'agit que les stresseurs soient suffisamment gros ou durent suffisamment longtemps pour arriver à user n'importe qui. Le mot le dit : trouble d'adaptation. À un moment donné, l'organisme n'arrive simplement plus à compenser.

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Il faut vivre ces symptômes pour réaliser à quel point le cerveau/le corps humain sont de magnifiques machines... c'est drôlement beau quand tout va bien, et on s'en rend même pas compte !

Quand ca va mal, cependant, c'est impressionnant de constater que le cerveau ne coopère plus ! La concentration est diminuée, et n'importe quel problème normalement simple devient une montagne ! La fatigue et notre propre incompétence nous rend irritable, agressif... et on culpabilise de devenir aussi désagréable ! Et là, je vous parle pas de chaque matin où on resterait au lit plutot que d'affronter encore la réalité !

Quand c'est rendu que la simple idée de vivre son quotidien te rend anxieux et te fait pleurer, bien sur qu'il y a un problème... La vie, c'est tuff, mais ca devrait pas l'être à ce point là...

La bonne nouvelle, c'est que c'est temporaire... du moins, il n'y a pas de raison pour que ca reste ainsi ! Et oui, ca revient comme avant... mais ca prend du temps, faut pas désespérer :-)

13/10/2013

Cordonnier mal chaussé - 2e partie

Note : Ces billets sont inspirés d'événements qui se sont passés il y a quelques temps déjà... Si je me donne la peine d'écrire, c'est que j'espère que ca servira entre autre à informer et conscientiser les gens à la réalité d'une des nombreuses facettes des troubles mentaux. Quels mots laids et plein de tabou que la "maladie mentale", alors que ca peut toucher n'importe qui.

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La résidence est de plus en plus difficile. J'ai une recherche que je n'ai toujours pas réussi à terminer et je n'ai aucune idée de comment j'y arriverai. C'est la première fois que ca m'arrive, et c'est difficile pour mon égo de fille studieuse et professionnelle.

Pleurer est malheureusement devenu une habitude. Je suis si fatiguée, et mes médicaments contre mes migraines quasi quotidiennes m'assomment. Je sais que je n'arrive pas à donner mon 100%. La concentration n'est plus là et j'ai de la difficulté à accomplir des tâches pas si compliquées.

Présenter un cas à un médecin superviseur me rend de plus en plus anxieuse. Et franchement, je me demande comment ca se fait qu'aucun d'entre eux ne me fait la remarque. On est pourtant formés pour remarquer ce genre de chose ! Même moi, dans ma tête, je me vois aller et j'ai l'impression de passer pour une idiote tellement je cherche mes mots.

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Je suis (enfin) dans le bureau du médecin spécialisé dans les migraines. Je ne suis certainement pas son premier cas du genre et la rencontre se passe bien.

Doc - Je vois que tu prends déjà X et Y médicaments en prophylaxie... Mais tu fais malgré tout beaucoup de migraines. Non seulement ca, mais ces médicaments ont des effets secondaires non négligeables. Même que, prit ensembles, ils peuvent mener à une humeur dépressive. Comment ca va à se niveau ?

Laurie - .......

Et c'est à ce moment là que j'ai craqué. Je me suis mise à pleurer, incontrôlable. Fuck... C'était la première fois que quelqu'un me demandait vraiment comment j'allais depuis longtemps.

Doc - Je ne suis pas surpris...

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Je suis sortie de ce bureau le visage bouffie et rouge, les yeux encore mouillés, cachée derrière mes énormes lunettes soleil. Mais on venait franchement de me retirer un poids ÉNORME de sur les épaules... et je n'en prenais qu'à peine conscience à ce moment là.

Sans surprise, on me donnait les trois prochains mois de congé. Si ce n'était pas une question de mental, il était clair que je ne pouvais continuer à fonctionner avec cette fréquence de migraine.

Aussi, on débute une nouvelle médication qui, à elle seule, allait me rendre encore plus légume que mes migraines. J'allais certainement passer les prochains jours au lit...

Et bien entendu, ce que je ne savais pas à ce moment, c'est que je m'embarquais dans une toute autre aventure...

08/10/2013

Cordonnier mal chaussé

Je suis sur le chemin du retour à la maison après une longue journée au travail. Comme à l'habitude, il est tard et je suis fatiguée.

Je pleure souvent en revenant de travailler. Et parfois même en rentrant le matin.

Je pleure de fatigue, mais aussi de découragement. La résidence, c'est difficile. 

Depuis plusieurs semaines déjà, je fais des migraines pratiquement tous les jours. Même si mes médicaments réussissent à faire partir le mal de tête, il en demeure pas moins qu'ils créent de la somnolence, et ca, c'est par dessus le fait que mes migraines coupent souvent mes nuits en 2...

J'arrive à la maison systématiquement crevée depuis quelques temps déjà, ce qui fait que je n'ai pas souvent l'occasion d'étudier, et je n'avance pas. À chaque jours de nouveaux cas, et j'ai de la difficulté à apprendre. Ainsi, je pleure aussi parce que je me sens conne et poche. C'est comme les pms, mais tous les jours de la semaine.

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Je connais les symptomes dépressifs. Je sais que c'est pas normal que je pleure régulièrement, mais c'est pas si facile de déterminer... si c'est "trop" ? La résidence est exigeante, c'est sur, alors je peux bien m'attendre à des moments de découragement...

Mais à quel instant un moment de découragement devient une époque de découragement, puis un burn out ? Je révise mentalement la liste des symptomes des troubles anxio-dépressifs et j'esssaie de me catégoriser, mais prendre du recul est loin d'être évident.

Et même si je conclue que c'est trop, que c'est un problème, je fais quoi ? J'arrête la résidence ? Même si ca arrive à plusieurs de mes collègues, ca demeure un tabou un "docteur malade". Oh the irony ! Pourtant, on est des cordonniers mauditement mal chaussés pour pas être en mesure de faire attention à sois comme on dit à nos patients de le faire...

Une chose est certaine, c'est que je ne veux pas l'envisager. Je ne veux même pas y penser.

Je pleure régulièrement, je suis continuellement fatiguée, les migraines sont plus fréquentes qu'elles n'ont jamais été. Je me sens nulle, et j'ai pas envie de rien faire d'autre que de me lever le matin pour aller travailler. Mais la résidence est tuff, donc c'est normal, right ?

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J'ai demandé à voir un spécialiste pour mes migraines. J'ai déjà certains médicaments en prophylaxie* et mon médecin de famille veut l'avis d'un autre médecin avant d'aller jouer là dedans.

Il ne me demande pas comment ca va. J'ai pratiquement l'impression qu'il n'ose pas...

Je lui dirais bien à quel point ma vie est rendue de la marde, mais j'ai peur de le décevoir. Tu parles d'une esti de réflexion de cave. Difficile de croire que je suis moi-même médecin. Mais je peux pas nier que c'est comme ca que je me sens ! Le reste de la rencontre se passe "normalement", moi avec mon faux sourire accroché au visage. Ca me donne l'impression que suis rendue un peu trop bonne à faker que tout va bien.

J'ai appelé pour mon rendez-vous avec le spécialiste. Ca va être dans 3 mois.

 

* Concept de prophylaxie dans le cadre de migraines :

Généralement, on ne prend des médicaments que lorsqu'on fait une migraine. Mais si les migraines deviennent assez fréquentes pour être incommodantes, on peut alors prendre certains autres médicaments, mais à tous les jours, dans le but de prévenir les crises de migraines.

Ces médicaments proviennent de différentes catégories de médicament qui n'ont pas forcement à voir avec les migraines : que ce soit contre la pression, contre l'épilepsie, pour traiter les douleurs chroniques, voire des anti-dépresseurs.

Chaque type de médicament a ses effets secondaires différents, mais le but demeure le même : obtenir davantage d'effets positifs que d'effets secondaires !

02/10/2013

Toute histoire a un début...

Je ne sais pas par où commencer.

Certains d'entre-vous m'ont connu à une autre époque.

Pendant près de 5 ans, j'ai eu un plaisir fous à vous entretenir sur ma vie peut être un peu pathétique, mais aussi très magique d'étudiante en médecine. Je regarde en arrière et je continue à être surprise et fascinée du chemin que j'ai pu parcourir pendant ces années.

La plupart des gens sont intrigués par la profession... Les médecins ont un certain aura un peu magique de "sauveurs de vie". Et alors que mes nombreuses années d'études m'auront permis d'apprécier que d'apprendre à sauver des vies, c'est long et ardu... il n'en demeure pas moins que le système fonctionne : un jour j'étais une "simple citoyenne" pas trop versée dans les sciences, et voici que plusieurs années plus tard, je sais des tonnes de choses sur le corps humain, tant physique que mental, je connais les médicaments et leur mode d'action, je sais identifier les maladies, les investiguer et les traiter.

Mais faudrait me dire à quel moment l'aura magique est supposé s'installer. Parce que franchement, je ne me considère pas magique pentoute. J'ai simplement été formée pour vous aider dans les moments les moins agréables de votre vie. Le médecin est important pour vous dans ces moments précis de votre vie, qui sont souvent pénibles. Mais de mon point de vue, ca ressemble beaucoup plus à une job de "consultant en santé" qu'une job de guérisseur. Pas mal moins magique vu comme ca, non ?

Il n'en demeure pas moins que j'ai trippé à découvrir ce monde là. J'apprécie toute et chacune des échanges que j'aurai eu avec mes patients, qui m'auront fait découvrir des choses merveilleuses sur l'être humain et sur notre condition que trop humaine.

Ceux qui m'auront écouté in vivo raconter une de ces expériences ont vu mes yeux s'allumer par la passion qui m'habite. Fuck yeah ! J'aime pouvoir vous aider à mieux comprendre votre santé ! Et vous aider à voir la vie un peu plus du bon côté ! Être médecin, avec mon aura magique, me permet d'avoir naturellement la confiance des gens (la plupart, disons) et me permet de faire une différence dans leur vie.

J'ai toujours dit que je n'avais pas la trempe de quelqu'un qui allait changer le monde ! Mais on ne sait jamais l'importance que nos faits et gestes peuvent avoir sur autrui... Alors j'essaie de semer le bien. Et je me dis que si je ne change pas le monde, j'espère au moins améliorer la vie de certains de mes patients, un patient à la fois. Et c'est tout ce que j'avais besoin pour me sentir utile.

Malheureusement, je n'ai pas le privilège de faire ce que j'aime. Pour plusieurs raisons, dont certaines sont vraiment poches.

J'ai été victime de la vie et de ce qu'elle peut avoir de laid : malchance, mauvaise foi, trahison, injustice, bureaucratie, politicaillage. Mais le pire, ce qui m'écoeure à vomir, ce sont les gens qui sont assez mal intentionnés et qui utilisent leur pouvoir à mauvais escient. The Dark Side of the Force en quelque sorte...

J'ai cru pendant longtemps que je devais me taire. Parce que c'était la bonne chose à faire. Mais c'est aussi parce que d'autres se sont tus avant moi que je n'ai pas vu ces choses-là venir. Et si je dois me résoudre à ma situation, j'espère vraiment et sincèrement pouvoir l'éviter à d'autres !

Avant que je commence, je tiens à dire que mon histoire est une suite d'histoires plates à vivre. Mais faut pas croire que je me plains... malgré tout, je ne crois pas que je fasse pitié. Je demeure consciente que bien des gens sont dans des situations pires que la mienne. C'est ce que j'entends par "L'enfer à petite dose".

Mais c'est aussi ca la vie, right ?

Le pire, dans tout ca... c'est que je crois que je deviens malgré tout une meilleure personne. À vous de me donner votre avis...

20/09/2013

Rescapée (titre temporaire)

Je suis dans une chambre de motel.

Je suis assise sur un des deux lits, le regard dans le vide, fatiguée, stupéfaite. Les trois dernières années de ma vie ont été difficiles, mais qui aurait pu croire qu'aujourd'hui, je me retrouverais dans une chambre au motel.

MA chambre de motel, qui plus est. Elle est lugubre, et ca sent l'humidité. Même si les lits sont faits et les draps sont propres, la première idée qui me vient c'est que c'est davantage le genre chambre avec un tarif horaire. D'ailleurs, le distributeur dans le couloir offre une sélection variée de barre de chocolat et de condoms. Classy.

Le tapis est usé, le papier peint se soulève à trop d'endroit, il manque des lattes au store vertical. La salle de bain est à la limite de la décence. Le matelas est tellement mou que je renfonce de plusieurs pouces. Ouf ! Je préfère ne pas penser au nombre de gens qui ont du baiser sur ce lit !

Je ris. Ya pas à dire... Cette chambre manque d'amour !

Mais voilà, c'est MA chambre, et ca va être mon chez moi pour les trois prochains jours. Encore heureuse d'avoir un endroit où dormir. D'ailleurs, je suis plus que satisfaite de l'aide reçue par la Croix-Rouge. Pendant un instant, je constate l'importance de leurs actions, et je ne peux que féliciter l'équipe qui s'est occupée de nous ce matin.

Puis la réalité me rattrape. Cette chambre va être mon chez moi pour les trois prochains jours et c'est ici que je vais devoir réorganiser ma vie.

Les trois dernières années ont apporté leur lot de merde. Et aujourd'hui, je viens de passer au feu.

Mais la réorganisation va devoir attendre. Je suis tellement fatiguée.

Je m'étends sur mon lit trop mou, encore enveloppée dans ma couverte polar de rescapée. Le mieux que je peux faire maintenant c'est une sieste.